Allaitement

La PSS ou Pression Sociale pour Sevrer

Quand le sevrage de l’allaitement maternel n’est pas un choix

Le regard de la société peut être pesant sur l‘allaitement long.

Les mères qui suivent cette aventure attirent presque inévitablement des questions, des remarques, des critiques sur ce choix hors norme aujourd’hui en France.

Pourtant, l’allaitement long a de nombreux bénéfices sur la santé de l’enfant, sur sa future vie d’adulte et sur la santé de la mère et je vous invite à (re)lire cet article et à (re) visionner cette interview de Claude Didierjean-Jouveau sur ce sujet des bénéfices de l’allaitement long sur la santé.

Dans cette 3ème interview, Claude Didierjean-Jouveau nous parle du regard de la société sur ce choix. Parfois vu comme inutile, futile, mais aussi parfois vu comme pathologique ou abusif, l’allaitement long laisse rarement indifférent

Et si vous êtes concernées, vous avez surement dû faire face à la PSS : la Pression Sociale pour Sevrer… de la part de certains professionnels de santé, de l’entourage et chacun pour des raisons très diverses.

« Le sein, c’est pour le père !« 

La sexualisation du sein

Dans notre société actuelle, le sein est considéré avant tout comme un objet réservé aux relations sexuelles, un « jouet » pour le partenaire. Sa fonction primaire de nourrir le petit d’homme est souvent mise en arrière plan.

Pourtant, cette vision n’est pas universelle et il existe des sociétés dans lesquelles le sein n’a pas de connotation sexuelle.

"Une étude anthropologique faite au début des années 1950 sur 190 cultures de par le monde a ainsi trouvé que dans seulement 13 d'entres elles, les hommes manifestaient une attirance sexuelle pour les seins féminins." Allaiter plus longtemps. C. Didierjean-Jouveau. p110

L’idée n’est pas de nier le rôle des seins dans la sexualité mais de simplement dire que cela n’est pas incompatible avec leur fonction nourricière, contrairement à certains qui pensent que le sein doit « revenir » à Papa en exclusivité et qu’il faut donc stopper l’allaitement au risque d’ « érotiser l’allaitement » (1)

Pour illustrer cet article, jai cherché des photos de seins… je vous invite à taper sur votre moteur de recherche « photos seins » et vous verrez la sexualisation de cette partie du corps ! Quasiment impossible de trouver une photo sans pose lascive et suggestive ou lingerie affriolante !

L’image parfaite ?

La pression de notre société sur l‘apparence des seins est forte. Les seins doivent être d’une certaines forme, d’une certaine grosseur, d’une certaine tenue.

Et la peur que l’allaitement « abîme » les seins est très présente. Pourtant, des études ont démontré que l’allaitement n’est pas un facteur de risque, contrairement à l’indice de masse corporelle, la cigarette, le nombre important de grossesse…

« Tu ne vas quand même faire ça ici ?! »

Allaiter das un lieu public

Allaiter un nourrisson ou un bébé de quelques mois devant d’autres personnes posent rarement des problèmes, même si on peut entendre des cas particuliers.

Avec un enfant plus grand (qui a des dents, qui marche…), vous pouvez être confrontée à des remarques, voire des critiques. Mais qu’est ce qui pose vraiment problème ?

  • Ce n’est pas tant l’allaitement qui pose un souci, c’est finalement un souci d’age, la personne jugeant l’enfant trop grand. La personne est choquée parce que, pour elle, il n’est pas imaginable que cet enfant soit encore allaité.
  • il vous sera peut être reproché aussi d’allaiter « en public ». Mais vous ne vous mettez pas « en public », vous allaitez juste votre enfant à l’endroit où vous êtes !

« Tu n’as plus de vie ! »

… plus de vie d’amante

L’amour maternel souffre du cliché d’un amour exclusif, asexué, pur, incompatible avec une vie d’amante. Dans beaucoup de cultures, les rapports sexuels étaient d’ailleurs interdits tant que durait l’allaitement (une manière de réguler la natalité ?). Dans les faits, une femme qui allaite n’est pas différente d’une femme qui n’allaite pas. Elle peut avoir envie de faire l’amour ou pas, elle peut être fatiguée ou pas, avoir mal à la tête ou pas 😉 …

… de femme libre et féministe

Contrairement à la mouvance féministe de Elisabeth Badinter, une étude américaine de 2012 a montré que les féministes étaient les plus susceptibles de soutenir les pratiques de maternage proximal, dont l’allaitement long. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’allaitement et le féminisme, je vous invite à lire cet article.

Souvent les gens imaginent l’allaitement d’un grand comme le prolongement de l’allaitement d’un bébé. Or, ce n’est pas du tout la même chose. On peut partir une soirée, un week end. Ce n’est plus un allaitement à la demande, sans interruption mais un « allaitement à l’amiable » ! (2)

« Il faut couper le cordon »

Pour rappel, le cordon coupe le lien entre… le bébé et le placenta 😉 et non entre la mère et le bébé mais cette expression est complètement intégrée aujourd’hui comme le lien de soumission entre la mère et l’enfant.

Une sucette ambulante ?

A l’école, dans la rue, chez les copains ou chez tatie, ce n’est pas choquant quand un enfant de 3 ans a une sucette dans la bouche…

mais c’est choquant quand il prend le sein…

Et si on changeait notre regard : si la sucette, le doudou n’étaient que des substituts du sein ?

La littérature psy a fait état de relations non saines dans lesquelles il y avait l’allaitement dans le décor. Les conclusions ont été de dire que tous les allaitements longs sont pathologiques. Mais aucune étude n’a démontré de lien entre l’allaitement et une relation pathologique entre la mère et le bébé. Bien au contraire. On ne peut se fonder sur des cas pour en déduire des généralités. Il existe des relations pathologiques sans allaitement !

Tu as pensé à son autonomie ??

L’autonomie de l’enfant est sur valorisée dans notre société : on pousse nos enfants à tout savoir faire le plus tôt possible parce que ce serait meilleur pour eux : marcher, parler, être propre, se séparer…

L’enfant avec une sucette sera considéré comme plus autonome car il sait se débrouiller tout seul : il se sécurise avec un objet au lieu d’un être humain…

Comment résister à la PPS

Voici quelques trucs et astuces pour résister à la PPS :

  • Se renseigner pour avoir des arguments pour vous persuader vous même et éventuellement convaincre l’entourage que ce que vous faite n’est pas mal, bien au contraire.

Ce que vous faites est Normal !

  • Se recréer une micro société de femmes qui allaitent longtemps.

Etre en contact avec d’autres femmes, virtuellement ou à travers des réunions comme peut le proposer la Leche League. (Pour trouver une réunion près de chez vous, c’est par là !).

  • un bon conseil de lecture : la revue Allaiter Aujourd’hui avec de nombreux témoignages fortifiant et soutenant dans nos démarches.
  • vous rappeler que vous seule savez ce qui est bon pour vous et votre enfant. Restez ouverte aux informations de l’extérieur… après digestion, vous saurez quoi faire 😉

Et vous, avez vous subi cette pression sociale pour sevrer votre enfant ? Racontez nous en commentaire…

(1) Marcel Rufo. Elle. 25 avril 2005

(2) Claude Didierjean-Jouveau. Allaiter plus logtemps. Ed Jouvence Santé

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10 commentaires

  • Piergentili Chantal

    Contente que les choses evoluent et qu’il y est de plus en plus d’information à ce sujet .
    Après un premier échec d’allaitement maternel , j’ai fini par vouloir réitérer l’expérience , a mon 4 émetteur enfants.
    Apres plusieurs péripétie ,sa fait 15 mois que je continue toujours d’allaiter, et il est vrai que la pression de l’entourage , familial etc ne facilite en rien cette façon de nourrir de materner son bébé . Alors que rien n’est plus beau et de plus magique que cette expérience .
    Aujourd’hui je continue d’entendre des commentaires , comme quoi il est grand , il faut couper le cordon… car mon bébé a commencé la diversification tardivement . Mais peu importe toutes ces remarques , je continuerai d’écouter ces besoins et de suivre notre rythme et de ne plus me tracasser avec ces discours …
    Et je suis contente et fière de mes enfants qui s’interrogent sur les regards quand parfois j’allaite en public car pour eux il n’y a rien de choquant …
    Merci a toutes ces femmes qui nous aident a se sentir mieux avec nous meme avec notre bébé , à travers tous ces articles , livres , associations etc …
    Merci

    • Anne-Christine

      Merci Chantal pour ton témoignage. Ce n’est pas tous les jours simple mais tu gardes le cap et tu sais ce qui est bon pour tes enfants et toi, c’est l’essentiel. J’espère que ton aventure d’allaitement continuera encore longtemps !

  • Gabrielle

    Alala je crois bien que le PSS fait partie de notre vie 😝 notre fille a 2 ans et demie et toujours allaitée (et cododo en plus), le drame quoi !
    Non sinon, tout se passe merveille pour nous. Je suis ravie de mon rôle de tétine portative, garantie sans BPA, s’il vous plaît ! Mais c’est vrai que l’entourage, et pire, le médecin, a du mal à s’y faire. Ce dernier m’a d’ailleurs suggéré à plusieurs reprises de procéder au sevrage.
    Bah oui parce que vous comprenez, pour éviter de faire des mastites à répétition bah faut sevrer. Oui mais non en fait, c’est juste que la technique est à revoir, et nécessite un accompagnement justement. À vrai dire j’ai eu des mastites à chaque fois que j’étais particulièrement fatiguée et/ou stressée.

    Enfin tout ça pour dire : PSS mais je ne m’en préocupe pas, l’essentiel c’est que nous (parents en enfants) allions bien 😊

  • Valentine - Parents en Equilibre

    Compliqué de gérer le regard extérieur quand on est parent, c’est certain (j’ai d’ailleurs récemment rédigé un article à ce propos : https://parentsenequilibre.com/etre-parent-et-gerer-le-regard-des-autres/) et la pression sociale peut être un poids terrible dont les parents n’ont pas besoin dans les premières années de vie de leur enfant, une période déjà très intense.

    Merci pour cet article qui encourage chaque femme à tout simplement faire ce qu’elle pense le mieux pour elle et pour son bébé. Je crois qu’aujourd’hui, il y a des mamans qui osent affirmer leur désir de poursuivre l’allaitement et c’est tant mieux pour elles et leurs enfants. Heureusement que des sites comme le tien peuvent apporter soutien et légitimité à ces mères. Bravo pour ton travail

    • Anne-Christine

      Merci Valentine ! Je pense en effet que le plus important, c’est que chaque femme connaisse l’éventail des possibles pour faire son propre choix !

  • Aurore

    Ah oui les petites réflexions piquantes des alentours ….
    Pour ma part cela ne m’a pas empêché d’allaiter mes enfants longtemps (toujours en cours pour Mlle de plus de 2 ans), et même co-allaité. Je sais qu’il y a encore de l’étonnement mais j’avoue que je n’y fais plus guère attention. Je sais bien ce que je veux pour mes enfants, ma relation avec eux, etc.

    Nous en parlons de plus en plus, je pense que l’allaitement va redevenir la norme (plutôt que le biberon) dans quelques années.

    Bonne journée =)

  • Delphine

    Un article très bien construit et complet. Moi aussi, j’ai subit toutes ces réflexions de personnes qui n’y connaissent rien du tout et qui n’ont jamais allaité un bébé. Je suis intimement convaincue que les lobbys du lait y sont pour beaucoup. Les mentalités changent tout doucement, ils faut persévérer et accompagner correctement les jeunes mamans dans leur allaitement.

    • Anne-Christine

      Merci Delphine pour ce retour ! Grâce à cette interview, j’espère que les mamans allaitantes retrouveront confiance en leurs capacités et leurs choix ! Merci à Claude pour tous ses mots.

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