Allaitement

L’allaitement est il anti-féministe ?


L’allaitement serait il un asservissement de la femme ?

C’est ce que doit penser ce médecin quand il a dit à Myriam : « Je vous conseille de tirer votre lait  le plus rapidement possible pour retrouver un peu de liberté « . C’était il y a 3 jours, le bébé avait 1 semaine.

En allaitant, la femme ne deviendrait-elle donc qu’un sein dont l’unique objet est de nourrir son enfant, l’obligeant à vivre 24h/24 avec lui et la condamnant à plusieurs semaines, voire mois de « prison dorée » ?

Oui, c’est vrai, l’allaitement implique, au moins au début, une disponibilité et une proximité que tout le monde ne souhaite pas forcement. C’est aussi renouer avec une fonction « animale » qui peut paraître à certains inconfortable : celle de nourrir son petit.

Nous sommes alors loin des images de Supewomen, reprenant leur poste de direction, de ministre ou s’affichant de nouveau  princesse ou pop star, rayonnantes et en pleine forme, 3 jours à peine après la naissance de leur bébé. Dans cette vision « égalitaire » du féminisme, « la femme est un homme comme les autres » et son corps différent n’est qu’une entrave à cette égalité. Cette vision rejette la maternité et tout ce que pourrait lui être liée. Déjà Simone de Beauvoir dans « Le 2ème sexe » explique que « l’allaitement est (aussi) une servitude épuisante ». Maternité et allaitement sont alors de l’esclavage.

Elisabeth Badinter fustigeait il n’y a pas longtemps ce « féminisme naturaliste et écolo » qui « réduit la femme au chimpanzé », considérant ce mouvement comme rétrograde et ultra-conservateur, demandant la liberté pour les femmes de choisir ou non d’allaiter et d’arrêter de les culpabiliser. Ce qui je trouve assez surprenant à la sortie de 40 ans de publicité sur tout support (magazines, affiches, télé, mais aussi kit cadeau et financement de projets en institution) de la part des vendeurs de lait en poudre…

Il me semble que ce ce féminisme est un peu daté. Il a eu sa place dans les années 70 et revendiquer des droits sur le modèle masculin pour obtenir une stricte égalité homme/femme était sûrement la seule solution à l’époque. Nous devons beaucoup, énormément à ces femmes qui se sont battues pour nos droits. Mais 40 ans plus tard, un nouveau féminisme émerge. Un féminisme qui n’est plus « égalitaire » mais « identitaire ». Dans cette mouvance, les femmes pensent qu’elles peuvent être fières de leurs corps de femme et des fonctions biologiques qui vont avec (menstruations, grossesse, accouchement, allaitement…). Tout ce qui touche à leur corps n’est plus une calamité. Le femme n’a plus à être un « homme comme les autres ». Elle peut être fière de ce qu’elle est, pour elle même, avec son identité propre, sans comparaison avec l’homme.

Dans cette nouvelle vision, l’allaitement peut devenir source de fierté et de libération.

Libération car elle ne dépend pas du système marchand. Il n’y a plus de contraintes logistiques : pas besoin de prévoir un biberon, de trouver un endroit où le réchauffer. Bébé n’a pas besoin de pleurer pendant 3 ou 4 minutes (et 3 ou 4 minutes de hurlements à 4 heures du matin, c’est très long pour tout le monde !!), tout est prêt tout le temps ! En nourrissant seule son enfant, la femme prend alors confiance en ses capacités, éprouve ses compétences et peut parvenir à un sentiment de force et de plénitude.

L’allaitement devrait aussi permettre une nouvelle définition du travail de la femme. Allier allaitement et travail en France est aujourd’hui compliqué. C’est souvent soit l’un soit l’autre. Même si la loi prévoit qu’une femme peut allaiter son enfant sur ses heures de travail, il lui est accordé 30 minutes de pause le matin et 30 minutes le soir (non rémunérées of course)… mais encore faut il avoir bébé sous le sein ! En suède, 75% des bébés sont allaités à 6 mois, le taux d’emploi ds femmes est supérieur à 71% et c’est un des pays où la parité homme-femme semble la plus aboutie. C’est donc possible !

Asservissement ou libération, tout est question de point de vue. C’est aussi parfois une question de moment, de temps, d’espace. Le tout blanc ou tout noir se remplace par une option de gris allant du gris clair des beaux jours aux gris foncés des jours de tempêtes. 

Dans tous ces cas et quelque que soit vos choix, rappelez vous que vous êtes une magnifique femme, une merveilleuse mère et une formidable féministe 😉 !!

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