Accompagnement,  Naissance

Le plus grand mythe sur l’accouchement

Il existe de nombreuses croyances concernant la naissance, et en particulier sur la femme et sa capacité à accoucher. Ce moment sacré de la vie est un événement tellement particulier, contenant tellement d’enjeux, qu’il est entouré de rumeurs, de débats passionnés, de convictions, de dogmes…

Aujourd’hui, la science moderne nous permet d’être critique vis à vis de certaines de ces croyances et permet de démystifier certaines d’entre elles.

Dans cet article, j’ai envie de vous parler du mythe Number 1 sur l’accouchement :

La douleur de l’accouchement est insurmontable

Aujourd’hui, en particulier en France, le raisonnement le plus souvent entendu ressemble à quelque chose comme ça :

Accoucher, c’est souffrir.

Souffrir est insupportable.

Il existe un moyen magique d’y échapper : se priver de péridurale ne serait que pur masochiste.

CQFD.

C’est ainsi qu’en France en 2016, 82% des femmes ont accouché sous péridurale. A croire que les françaises ont une anatomie différente des autres femmes… ou sont plus douillettes : 15% des femmes ont recours à la péridurale aux Pays Bas, 20% au Royaume-Uni.

Existerait il un conditionnement médico-sociétal qui transformerait la douleur en insupportable souffrance qu’il faut soulager à tout prix ?

Vouloir soulager la douleur : seulement pour le  confort de la femme ? 


Le recours massif à la péridurale pourrait, selon les dires des professionnels de santé et les observations de chercheurs en sociologie, ne pas servir « seulement à soulager la douleur des femmes, mais à organiser et réguler le flux des patientes dans les structures hospitalières » (M. Arnal, doctorat sur le soulagement de la douleur lors de l’accouchement à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess)). « Il s’agit donc d’une question de santé publique, mais aussi d’un enjeu de sexe et de genre : les cris et la douleur font peur au mari et aux professionnels. La péridurale répondrait à des injonctions comme l’idée que pour être une bonne mère il faut rester douce et tranquille. » 

Vouloir soulager la douleur : le prix à payer

La péridurale est entrée dans les mœurs mais elle reste un acte médical qui, comme tous les actes médicaux, n’est pas anodin et peut avoir des effets secondaires. Vouloir neutraliser la douleur peut avoir un prix et souvent la question sur d’éventuelles conséquences sur le bébé et la mère est éludée assez rapidement.

Pourtant, de nombreuses études scientifiques nous permettent de connaitre aujourd’hui des risques induits :

  • la péridurale augmente le besoin d’intervention obstétricale en perturbant le processus physiologique.

En raison des probables diminutions des contractions dues à l’atteinte du bloc moteur, la péridurale est 9 fois sur 10 associée à une injection d’ocytocine synthétique. Elle-même ayant de nombreux effets négatifs possibles comme les bradycardies fœtales (ralentissement du rythme cardiaque), qui interprétées comme souffrance fœtale, peuvent amener à pratiquer une césarienne en urgence ou le rallongement de l’expulsion avec recours plus fréquents aux extractions instrumentales (1). L’OMS relate que « le nombre de césariennes a augmenté avec l’utilisation de l’analgésique péridurale, spécialement lorsque l’épidurale a commencé avant que la dilatation soit de 5 cm ». Il est aussi probable qu’il y ait un lien entre l’usage de la péridurale et les hémorragies post partum (2 fois plus de risque) (2)

  • La péridurale a aussi des effets directs sur le bébé puisqu’il reçoit lui aussi ce mélange de produits morphiniques et anesthésiques locaux. Ces effets sont aujourd’hui assez peu étudiés mais une étude menée à New York sur 3000 nourrissons à terme montre que les nourrissons traités par ocytocine de synthèse présentaient une augmentation d’effets indésirables multiples, y compris des réductions des scores Apgar (augmentation du pouls), et une augmentation de l’admission en soins intensifs (3).
  • La péridurale a des effets négatifs démontrés sur la qualité et la durée de l’allaitement

  • La péridurale et l’injection d’ocytocine pourraient perturber le lien d’attachement mère-bébé. En effet, les modifications de taux d’ocytocine en début de vie chez certains animaux ont des conséquences négatives à long terme sur leur comportement social et sur la gestion d’ expériences stressantes chez des bébés. Des études menées sur des brebis et des vaches (accouchement avec péridurale vs sans péridurale) ont montré des liens d’attachement très fortement perturbés dans le 1er cas. Pas de déduction à faire pour l’espèce humaine mais de grandes questions en suspend… La péridurale en « coupant » la mère de ses sensations sur une partie de son corps pourrait aussi rendre plus difficile le vécu ainsi que ce 1er lien à construire.

  • enfin, la pratique des professionnels peut changer. Sans qu’ils s’en rendent vraiment compte, face à une femme désensibilisée, dans une intention d’accélérer le travail, des actes médicaux peuvent devenir plus nombreux et plus invasifs.

La péridurale est un acte médical précieux qui permet de sortir certaines femmes de situations délicates (complications médicales, angoisse trop forte, souffrance…) qui peuvent nuire à la relation entre la maman et le bébé. Malheureusement, d’exceptionnelle, elle est devenue la norme, seule alternative proposée, souvent solution de facilité. J’ai moi même bénéficié de cet acte médical. Sur le moment avec joie et soulagement. Avec du recul, par peur de la souffrance et par manque de soutien et de confiance. Une étude du CIANE indique que  » 56% de celles qui ont eu recours à la péridurale alors qu’elles ne le souhaitaient pas au départ sont insatisfaites. Elles mettent en cause le défaut d’accompagnement et le fait qu’on ne leur ait pas laissé le choix ».

Vouloir soulager la douleur : existe t il d’autres moyens ? 

Un système de protection physiologique

Bonne nouvelle ! Il existe un système de protection physiologique contre la douleur.  La douleur va entraîner la libération de substances de la famille de la morphine (endorphine en particulier), ce qui va permettre de réduire cette douleur. Les endorphines ont un second avantage : elles stimulent la sécrétion de prolactine, hormone du maternage et élément clé de la lactation. Pourrait on faire un lien entre le fort taux de péridurale et un allaitement en France peu développé ? A moins qu’il ne s’agisse aussi d’un autre conditionnement culturel (pour plus de détails sur ce sujet, je vous renvoie à cet article : https://cheminsdenaissance.com/lallaitement-est-il-anti-feministe/)

Vouloir neutraliser la douleur, c’est donc prendre le risque de neutraliser cette chaîne physiologique.

Rendre la douleur supportable

Vous avez sûrement déjà fait l’expérience de l’augmentation ou de la baisse d’une douleur en fonction d’élément extérieur. Une migraine ? décuplée par les cris des enfants, un odeur ou une pièce surchauffée. Un hématome ? soulagé par un bloc de glace. Un mal au dos ? soulagé par une douce chaleur.

Pour l’accouchement, c’est pareil. Il existe des facteurs qui décuplent la douleur et d’autres qui l’atténuent. Voici une liste non exhaustive.

  • L’état émotionnel de la mère. Son état d’esprit au moment de l’accouchement va beaucoup jouer sur son ressenti. Est elle ravie d’accueillir son bébé ? confiante ? terrorisée? est elle soutenue ? sécurisée ?..;
  • Les circonstances extérieures premières : l’impression générale à l’arrivée dans la structure hospitalière (accueil, disponibilité, sourire…)
  • Les circonstances extérieures, la suite. 
    • Les habitudes des soignants : vous demander de vous coucher sur le dos décuple les sensations de douleur (Passer plusieurs heures de contractions sur le dos sans péridurale relève de la torture !); certains gestes médicaux invasifs peuvent être effectués sans votre consentement (sans même que vous soyez avertie); pour « combler le silence », certains personnes auront tendance à vous poser des questions et à vous faire sortir de votre bulle…
    • L’attitude du Papa, qui peut être surpris, angoissé, démuni face à ce que vous vivez. Attention, le stress est extrêmement contagieux, même sans mots !

De quoi a besoin la femme qui accouche pour vivre sa douleur le mieux possible ?

  • bouger, vivre son accouchement dans les conditions qu’elle a choisi avec la/les personne(s) choisie(s)
  • avoir son neocortex au repos

Le néocortex, c’est une partie de votre cerveau qu’on pourrait comparer à un super ordinateur qui prend le dessus sur les autres parties, en particulier sur le cerveau archaïque, qui régule les réflexes. Or, l’accouchement est un réflexe. Les contractions du muscle utérin ne se contrôlent pas et si la physiologie est au rendez vous, la femme passe par un « réflexe d’éjection », sensation irrépressible que le bébé sort tout seul. C’est le « ça pousse ! » d’affolement quand la femme comprend que ce n’est pas elle qui décide de la poussée ! C’est pour cette raison que son neocortex ne doit pas être activé et pour cela, elle ne doit pas être sollicitée (paroles, bruits, lumière, déplacements, touchers…)

Et si focaliser sur la douleur, c’était occulter ce qui compte vraiment ?

Occulter la douleur pourrait ressembler à faire l’impasse sur l’affrontement de ses peurs, de ses expériences passées engrammées dans son corps et dans son esprit. La douleur est aussi un message, un guide. Un guide physique pour vous dire de bouger. Un guide psychique pour vous montrer vos résistances. « Votre douleur est à la hauteur de vos résistances » I. Brabant.

Cette douleur impose à la femme de vivre pleinement ce moment, sans penser ou faire autre chose en même temps. 100% ici et maintenant. Pas question de penser à l’organisation des prochaines vacances avec bébé ou au sms qu’on doit envoyer à Mamie pour la prévenir que bébé sera bientôt là.

Le temps change de valeur. La douleur met en place un rythme, scandé de contractions et de temps de détente, qui doit permettre à la femme de trouver le chemin en elle pour devenir mère. Cette douleur devient guide pour que la femme s’adapte, qu’elle s’ouvre, qu’elle lâche (le contrôle, la femme qu’elle était avant, ses peurs…). Cette douleur peut l’emmener loin, très loin et c’est là qu’elle peut avoir besoin d’être accompagnée et soutenue.

Gravir un immense sommet ou être déposée en hélicoptère ? La vue est la même mais pas la satisfaction.

Votre compétence de mère peut naître de cette confiance acquise en la vie.

Vous avez à trouver votre propre chemin de grossesse pour que votre accouchement soit le vôtre. Il vous sera alors plus facile de voir cette douleur comme guide que comme entrave. Pour vous donner des idées de chemins possibles, je vous invite à télécharger mon guide gratuit sur la droite de votre écran. Il suffit de laisser votre nom et votre mail préféré et je vous enverrai ce guide instantanément. J’attends vos retours avec impatience !

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs “Les plus grands mythes de votre domaine” organisé par Elodie et François du blog La Céto Sympa. Un grand merci à eux pour m’avoir suggéré ce sujet si passionnant. Il y a tellement de mythes sur ce sujet que je pourrais écrire un livre entier 😉

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(1) Etude de Kuth L., Haussman R. 2011 et Gonzales Mesa C; 2012

(2)  N. S. Saunders et al., « Neonatal and Maternal Morbidity in Relation to the Length of the Second Stage of Labour, » Br J Obstet Gynaecol99, no. 5 (May 1992)

(3) Tsimis, MS.; Buckley, AP.; Nero, D.; Laurio, A. Oxytocin usage for labor induction or augmentation and adverse neonatal outcomes. American College of Obstetricians and Gynecologists 61st Annual Clinical Meeting; New Orleans, LA. 2013.

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