Grossesse,  Les inspirants

L’accompagnement morcelé


Vous êtes enceinte ? Je vous propose de comptez avec moi le nombre d’intervenants que vous rencontrez dans le cadre de cette grande aventure…

Gyneco ? Obstétricien ? Sages-femmes libérales ? hospitalières ? pour votre suivi ? pour la préparation à la naissance ? infirmières pour votre prise de sang mensuelle (pour celles qui ont la grande chance de devoir se soumettre à ce protocole… et j’en ai fait partie 😉 ), échographes ? prof de yoga ? de chant prénatal ? haptonomie ? sophrologue ? … et j’en passe surement ! De quoi avoir le tournis !

Pourquoi tant d’accompagnants ?

De manière un peu simplifiée, il existe 2 visions des soins périnataux, qui découlent eux mêmes de 2 visions du corps de la femme et du sens que l’on donne à la naissance.

D’un côté, une vision centrée sur la femme, basée sur une médecine humaniste, liant intimement corps et esprit. Le postulat de cette vision est que la grossesse et l’accouchement sont des étapes normales dans la vie d’une femme, des processus sains. Mère et bébé deviennent indissociables et satisfaire les besoins physiologiques et affectifs de la mère ne peut que bénéficier à l’enfant et au processus de mise au monde. Cette approche dite « physiologique » a aussi comme caractéristique de ne pas normaliser l’accouchement en laissant la femme libre de son temps, de bouger, de manger, de boire… et une approche du geste médical vu comme inapproprié, sauf s’il est nécessaire.

De l’autre côté, une vision, très développée depuis la révolution industrielle, qui se base sur une vision d’un corps-machine, avec ses défauts, et séparé de l’esprit. La grossesse et l’accouchement sont appréhendés comme une maladie et nécessitent donc une médicalisation des processus pour prévenir toute pathologie, certaines interventions étant même jugées comme nécessaires pour tous les accouchements (protocoles). L’accouchement n’est alors considéré sans danger qu’a posteriori. Cette approche est dite « technico- médicale ».

Il s’agit bien sûr d’une caricature, la vie n’est pas aussi tranchée et même si ces visions paraissent très antagonistes, elles ne sont parfois pas si faciles à distinguer : les frontières peuvent être très minces !

Pourtant, ces visions ont un impact sur le suivi de votre grossesse. La 2de vision, plutôt mécaniste, a engendré le morcellement du suivi de la grossesse : 1 personne pour le côté médical, 1 autre pour le « reste ». Avec de nouveaux morcellements au sein de chaque aspect.

Les femmes enceintes ont ainsi un nombre croissants d’interlocuteurs, spécialistes chacun dans leur domaine. A la première question, vous avez du à peu près répondre cela : « je suis suivie par un gynécologue (s’il n’est pas obstétricien, il « passera la main » à 6 ou 7 mois de grossesse), par un infirmier pour des examens mensuels, par un échographe pour les 3 échographies « classiques », par une sage femme  (souvent plusieurs) à la maternité pour la préparation à la naissance, par une autre personne (voire 2 ou 3) pour des préparations spécifiques (yoga, chant prénatal…).  C’est bien ça ?

A chaque fois, vous devez alors vous raconter de nouveau… ou souvent, vous choisissez de vous taire, fatiguée de redire votre histoire à des personnes que vous ne reverrez peut être pas et qui ne seront pas là le jour J.

L’accompagnement global reste rare dans notre pays. Quelques sages femmes libérales assurent des AAD (Accouchement à Domicile), d’autres ont parfois accès à des plateaux techniques en maternité mais cela n’est pas courant.

Alors, quelle place pour une doula ?

Dans ce contexte là, on peut se demander pourquoi ajouter encore une personne dans cette multitude ?

La doula n’ayant pas de compétences médicales, son accompagnement ne peut être qu’en complément d’un suivi médical… alors,  est il vraiment nécessaire d’avoir une nouvelle intervenante ?

Enceinte, vous vous retrouvez souvent seule face à vos questions, vos doutes, vos angoisses. Malgré un entourage qui peut être bienveillant, il n’est pas toujours facile d’exprimer des émotions, de poser des questions à un professionnel de santé, son conjoint, sa mère, une amie… Une doula, par son expérience, sa formation et son positionnement accompagne sans jugement. Elle est un soutien, une ressource, un guide qui épaule pendant les bourrasques et les orages. Elle offre un espace d’écoute. Elle vous guidera dans vos recherches d’informations pour faire des choix éclairés. Elle montre les chemins possibles pour redevenir actrice de sa grossesse, de son accouchement et découvrir/retrouver sa  place de femme et de mère.

Alors, non, ce n’est pas simplement une personne en plus. Elle peut être votre point d’ancrage pour vous ressourcer, votre grand sac dans lequel vous pouvez déverser vos peurs, vos doutes, vos colères, et une main qui vous soutient sur votre chemin. Elle vous apportera les informations qui pourront alimenter votre réflexion pour mener votre grossesse et votre accouchement en conscience. 

Ce ne sera pas un accompagnement en plus, ce sera votre moyen pour  vivre une grossesse et un accouchement qui vous ressemblent. 

 

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6 commentaires

  • Valentine

    Au-delà de l’étiquette du praticien (« sage-femme », « sophrologue » ou « doula »), je crois que tu as raison de souligné l’importance du lien : ne pas se sentir jugée, se sentir écoutée et guidée avec bienveillance

    • Anne-Christine

      Oui, pouvoir créer un lien de confiance. Cela nécessite du temps de pouvoir se livrer. Cela nécessite aussi un bon « feeling » !

  • Jung

    Merci pour ce bel article.
    En cette période particulière, il résonne encore plus en moi. Car mon épouse est enceinte de 7 mois et, alors qu’elle s’était entourée d’accompagnants en tous genres, elle a fini par se retrouver bien seule pendant un moment. Plus de nouvelle de son gynécologue, plus de nouvelle de sa sage femme, plus de nouvelle de la maternité…
    Heureusement, nous avons réussi à créer un lien précieux avec notre doula qui, même si elle n’a pas autant de temps à nous consacrer, elle reste la meilleure écoute.
    Cependant, depuis, les choses ont un peu changé. Désormais, sa grossesse est suivie exclusivement par une sage-femme de la maternité que nous avons choisie. Cette sage-femme est très sérieuse et bienveillante… et elle assure un suivi rassurant.

    • Anne-Christine

      Je suis heureuse que vous ayiez pu trouver un accompagnement qui vous convienne. L’accompagnement de la sage femme et de doula sont très complémentaires, y compris dans un accompagnement global du professionnel de santé. Belle aventure à vous !

  • Nicolas

    Très bon article ! Jamais je n’aurais pensé pouvoir lire un jour l’Histoire de l’accouchement depuis la révolution industrielle !! Du coup j’en déduis que tu t’es très bien documenté ce qui rend ton article d’autant plus précieux. Bravo le résultat est là !! Pour en revenir au sujet principal, même si je ne serai jamais autant concerné qu’une femme je pense que la multiplication des « intervenants » est tout de même signe de progrès (ce sont de vrais spécialistes). Merci pour ton article, Anne-Christine

    • Anne-Christine

      Merci pour ce retour ! Le fait d’avoir des spécialistes est une grande avancée quand il y a un problème (avec le bébé ou la maman). Mais dans une grande majorité des cas, pour les grossesses qui vont bien, c’est très anxiogène. Il manque alors le lien de confiance. Livrer ses peurs et ses doutes à un spécialiste n’est pas facile.

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